Révéler la nature de Bouddha qui a été obscurcie
Il existe une analogie traditionnelle dans laquelle une vache mange de l'herbe ordinaire, donne du lait et une préparation minutieuse conduit de ce lait au ghee clarifié. Quand on ne voit que l’herbe, il est difficile de reconnaître la riche nourriture qui peut émerger au cours du processus. Pourtant, avec des soins et des efforts appropriés, une profondeur invisible au premier abord se révèle. De la même manière, les êtres qui semblent ordinaires peuvent révéler la nature de Bouddha obscurcie en eux grâce à la pratique et à la sagesse.
On dit que l'arbre vinī du mont Sula semble ordinaire tout en possédant de précieuses qualités médicinales. Son apparence extérieure ne révèle pas à elle seule toute sa valeur. Nous ne devrions pas non plus déterminer toute la valeur ou les possibilités de nous-mêmes ou des autres à partir des habitudes et des défauts actuellement affichés. Les afflictions peuvent conduire à des actions qui doivent être corrigées, mais ces afflictions ne concernent pas la personne dans son ensemble.
L’analogie de l’eau merveilleuse et suprême conservant son goût naturel dans la mer salée nous rappelle que vivre dans un monde rempli d’affliction ne rend pas la nature de Bouddha identique à l’affliction. Même lorsque la colère surgit et que le désir ébranle l’esprit, la capacité de remarquer, de se retourner et d’agir avec sagesse et compassion n’a pas disparu.
Le corps composé de terre, d'eau, de feu et de vent change sans cesse. Nous ne pouvons pas éviter l’impermanence de la naissance, du vieillissement, de la maladie et de la mort. Pourtant, l’enseignement de la nature de Bouddha nous demande de ne pas traiter le corps changeant et les émotions comme l’ensemble de ce que nous sommes. La nature de bouddha n’établit pas ici une âme personnelle immuable ou un moi fixe. Cela souligne la capacité profonde de chaque être à éclairer l’affliction et à avancer vers l’éveil.
La pratique ne consiste donc pas à apporter une nouvelle lumière de l’extérieur et à l’attacher à nous-mêmes. C’est le travail de remarquer et de libérer l’avidité, la colère et l’illusion qui obscurcissent la clarté déjà présente. Au fur et à mesure que chaque enveloppe est retirée, la sagesse et la compassion retrouvent leur direction naturelle plutôt que d'être fabriquées par la force.
Ne vous regardez pas et ne concluez pas : « C’est simplement ce que je suis. » Ne regardez pas une autre personne et décidez : « Cette personne ne pourra jamais changer ». Cela ne signifie pas ignorer les actes répréhensibles ou éviter la responsabilité. Nous corrigeons clairement les conduites néfastes tout en nous rappelant que chaque être conserve la capacité de s’éveiller. C’est l’attitude qui consiste à faire confiance à la nature de Bouddha.
Observez tranquillement une affliction qui est apparue dans votre esprit aujourd’hui. N’y attachez pas toute votre identité. Cherchez en dessous la conscience et l’intention saine qui sont toujours à l’œuvre. La pratique n’est pas une compétition pour acquérir ce qui nous manque ; c'est une voie visant à supprimer ce qui obscurcit déjà la clarté ici.
La nature de Bouddha n’est pas quelque chose de nouvellement obtenu de l’extérieur. Il est déjà présent dans chaque être, bien qu’obscurci par les afflictions et l’ignorance. La pratique remarque et libère l’avidité, la colère et l’illusion afin que la sagesse et la compassion déjà possibles puissent devenir visibles.